Affaire de l’enregistrement sonore: La Ligue face à ses responsabilités

0
784

Devant l’ampleur que ne cesse de prendre l’affaire dite de l’enregistrement sonore incriminant de nombreux dirigeants de clubs, les  observateurs se demandent comment elle va se développer. Elle peut provoquer un véritable séisme dans le milieu du football, comme elle peut… accoucher d’une souris.

Plusieurs scénarios pourraient encore être écrits et d’autres rebondissements ne sont pas à écarter dans ce feuilleton qui tient en haleine l’opinion sportive. Le dossier sur la table de la Ligue qui doit d’ailleurs rendre son verdict dans les prochains jours, alimente également la chronique judiciaire. Il était en effet prévu, hier, que le procureur de la République entende les principaux protagonistes de cette  affaire scabreuse, notamment Fahd Halfaia, le directeur général de l’ESS et la manager Nassim Saâdaoui. Aux dernières nouvelles, d’autres dirigeants sont également convoqués par la Justice pour donner leur version des faits. Tout ce beau monde peut être mis en examen pour «association de malfaiteurs». Sur le plan sportif, l’on s’attend également à de lourdes sanctions allant jusqu’à la radiation du mouvement sportif. Cela évidemment si les faits de corruption sont prouvés. Mais la grande question qui se pose avec acuité est de savoir si  le code disciplinaire de la FAF sera appliqué à la lettre. Car dans les cas de corruption ou de tentative de corruption, il n’y a pas que les dirigeants coupables qui sont sanctionnés, leurs clubs risquent aussi la rétrogradation. C’est du moins ce que stipule la réglementation. C’est pour cette raison d’ailleurs que Azzedine Arab, président du conseil d’administration de la SSPA Black Eagles (ESS), a voulu se démarquer de Fahd Halfaia en déclarant que le dirigeant mis en cause  dans cette affaire occupe «seulement» le poste de directeur général administratif. «Il n’est pas pour autant directeur sportif qui dispose de surcroît d’une licence délivrée par la Ligue de football professionnel. D’un point de vue réglementaire, la différence est de taille», a-t-il précisé dans les colonnes d’un quotidien national. Une tentative désespérée d’éloigner le club sétifien de ce micmac. Mais les instances sportives ne sont pas dupes.

Si sanction il y aura, l’ESS ne devrait pas logiquement échapper à la réglementation, surtout si d’autres équipes sont mêlées à cette affaire. Ce  serait en tout cas une première chez nous, si un club est relégué pour corruption. On n’en est pas encore. Il est fort probable que des personnes soient sacrifiées, mais on doute que des clubs aussi populaires que l’Entente soient inquiétés. Ça dépasse de loin le cadre sportif. C’est la stabilité de toute une région qui serait menacée. Pour nos politiques, l’on peut toucher à tout excepté à la sacro-sainte paix sociale. Pour rappel, il y a quelques saisons, sous le règne de Mahfoud Kerbadj, la Ligue a   «osé» rétrograder l’équipe de Aïn Fekroun pour «violations à l’éthique, à la morale et à l’intégrité du championnat de football professionnel de Ligue 2».

Elle s’est basée sur les images du dernier match de la saison, ayant opposé cette équipe à l’AS Khroub. Durant cette rencontre qui avait duré 126 minutes, on voyait clairement les joueurs d’Aïn Fekroun lever le pied pour permettre à leurs adversaires de marquer un but décisif pour leur maintien. Pour une fois que la Ligue avait pris ses responsabilités, elle a été débouté par le TAS.  Comme quoi, il n’est jamais facile d’appliquer la réglementation dans notre pays.

Ali Nezlioui