Concertations sur la crise en Libye: L’Algérie réaffirme sa position pour toute ingérence étrangère

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Le ministre des Affaires étrangères, Sabri Boukdoum, a entamé, hier, une visite de travail en Russie à l’invitation de son homologue russe, Sergueï Lavrov, suite aux contacts de haut niveau entre les deux pays, notamment le récent entretien téléphonique entre le président de la République, Abdelmadjid Tebboune, et son homologue russe, Vladimir Poutine.

Elle s’inscrit dans la poursuite des entretiens sur les moyens de renforcer les relations bilatérales et les perspectives d’élargissement du partenariat bilatéral en vue d’atteindre les objectifs du partenariat stratégique liant les deux pays. Cette visite devrait également permettre d’examiner diverses questions régionales et internationales d’intérêt commun, notamment la situation dans la région, en particulier en Libye, au Mali et en Syrie, ainsi que les moyens de promouvoir la paix et la sécurité internationales par des approches politiques constructives fondées sur la légalité internationale et dans le respect de la volonté et de la souveraineté des peuples concernés. Le président de la République, Abdelmadjid Tebboune, a fait état, dimanche dernier, d’une possible initiative algéro-tunisienne pour la résolution de la crise libyenne, se disant optimiste quant au règlement de cette crise. Lors de son entrevue périodique avec les médias nationaux, le président Tebboune a évoqué une possible solution algéro-tunisienne à la crise en Libye réaffirmant que le règlement du conflit entre Libyens «passe impérativement par la table du dialogue et que l’usage des armes n’a et ne sera jamais la solution». Rappelant la position équidistante de l’Algérie, le Président Tebboune a réitéré, concernant «les décisions individuelles», que l’Algérie «ne soutient ni les unes ni s’oppose aux autres» mais, ajoutant, «nous refusons d’être mis devant le fait accompli». Après avoir assuré que «l’Algérie, qui n’a aucune volonté de faire cavalier seul, ne peut imposer une quelconque initiative ou solution sans le parrainage des Nations unies et du Conseil de sécurité». Le Président Tebboune a soutenu que «si l’on veut le bien du peuple libyen, il faut le laisser décider de son propre destin sur la base de la légitimité populaire, sous l’égide des Nations unies». «Etant proches du peuple libyen, nous avions mis en garde contre certains agissements», a poursuivi le président de la République, déplorant «la dégradation de la situation» où les Libyens sont isolés, à l’exception de deux pôles à l’est et à l’ouest du pays. Regrettant «les tentatives d’implication de certaines tribus libyennes dans le conflit armé ces dernières 24 heures», le président de la République s’est dit inquiet de voir ce pays transformé en champs de bataille entre grandes puissances, estimant que «c’est là une situation très dangereuse qui pourrait faire basculer la Libye dans le même sort que la Somalie». Néanmoins, le Président Tebboune s’est dit optimiste quant à la résolution de la crise libyenne «partant des aspirations du peuple libyen quant à l’avenir de son pays». Il a fait état, à ce propos, des «concertations permanentes avec toutes les parties internationales en vue de parvenir, dans les meilleurs délais, à une solution à la crise dans ce pays frère», soulignant des contacts avec les Présidents russe Vladimir Poutine, tunisien Kaïs Saïed et français Emmanuel Macron. Evoquant en outre des canaux de communication et de concertation avec de nombreux pays, à l’instar de la Mauritanie, la Turquie, l’Egypte et bien d’autres au niveau des ministres des Affaires étrangères,  M. Tebboune a déploré le non-respect par plusieurs parties des conclusions de la Conférence de Berlin. Cette approche a été déjà développée par le Président Tebboune lors de sa participation à la Conférence de Berlin sur la Libye où il a réitéré son appel à la Communauté internationale d’assumer sa responsabilité en matière de respect de la paix et de la sécurité dans ce pays, affirmant que l’Algérie refuse toute atteinte à son intégrité nationale et à la souveraineté de ses institutions. Après avoir souligné que la région avait besoin d’une stabilité fondée sur la sécurité commune, il a réitéré l’attachement de l’Algérie au maintien de la région loin des ingérences étrangères, assurant que la sécurité de la Libye est le prolongement de «notre propre sécurité et le meilleur moyen de préserver notre sécurité régionale reste la coopération et l’entraide avec nos voisins pour faire face au terrorisme et à l’extrémisme». A cet égard, le président de la République avait rappelé les efforts que l’Algérie n’a eu de cesse de déployer pour inciter les parties libyennes à adhérer au processus de dialogue, parrainé par les Nations unies et accompagné par l’Union africaine en vue de former un gouvernement d’entente nationale apte à gérer la transition et la réédification des institutions de l’Etat libyen pour relever les défis qui se posent au peuple libyen. L’Algérie a participé activement à divers niveaux à tous les efforts en faveur d’une solution politique à la crise libyenne, a-t-il encore soutenu, citant, dans ce cadre, son initiative, en mai 2014, pour la création du mécanisme des pays voisins de la Libye, qui a tenu sa première réunion à Alger, ainsi que les différents cycles de dialogue qu’elle a abritées depuis mars 2015 entre les dirigeants des partis politiques libyens dans le cadre des processus de dialogue, supervisés par l’ONU. Mettant en avant la position équidistante de l’Algérie dans le conflit, il a évoqué ses efforts pour le rapprochement des vues et l’établissement de passerelles de communication avec tous les acteurs, en plus de ses appels incessants à faire prévaloir la sagesse et à favoriser le processus pacifique pour le règlement de la crise, option qui demeure la seule à même de garantir l’unité du peuple libyen et le respect de sa souveraineté, loin de toute ingérence étrangère, a-t-il affirmé. Pour ainsi dire, M. Tebboune veut redynamiser le rôle de la diplomatie algérienne parallèlement aux efforts que les forces de l’ANP sont en train de déployer pour sécuriser nos frontières. Ceci d’autant que l’Algérie est devenue un exemple à suivre dans le domaine de la lutte contre le terrorisme et en matière de maîtrise totale de la sécurisation de ses frontières contre tous les dangers et toutes menaces d’où qu’elles viennent, et ce, conformément à la stratégie globale et intégrée adoptée. Récemment, le ministre des Affaires étrangères, Sabri Boukadoum, avait indiqué, au sujet de la crise en Libye, que l’action militaire ne pourra guère aboutir à la résolution de ce conflit, soulignant que «seule une solution politique négociée et acceptée par l’ensemble des protagonistes est à même de rétablir la paix dans ce pays». Il a ajouté qu’il appartenait dès lors aux Libyens d’engager, dans les meilleurs délais, un processus inclusif de réconciliation nationale, comme cadre indispensable devant mettre un terme à la division et aboutir à l’objectif ultime de l’organisation d’élections transparentes sous l’égide de l’Union africaine et de l’ONU. M. Boukadoum avait soutenu que la tenue de ces élections, dont les résultats devraient être respectés par toutes les parties prenantes, «contribuerait à l’instauration d’un climat de confiance et à la mise en place d’institutions gouvernementales démocratiques pérennes, dont une armée nationale unifiée et seule responsable d’assurer la sécurité du pays». Il avait, par la même occasion, rappelé que «l’Algérie, qui a toujours encouragé les frères libyens à s’engager sur la voie du dialogue inclusif et de l’entente nationale, est convaincue que les parties libyennes sauront faire montre de sagesse pour dépasser leurs différences et faire prévaloir les intérêts nationaux suprêmes».

  1. Benslimane