Apathie: Quand le caractère cache un symptôme d’Alzheimer

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Et si ce que vous prenez pour un simple changement de caractère cachait en réalité un signal d’alarme d’Alzheimer ? Une grande étude montre qu’un symptôme discret accélère nettement la perte d’autonomie. Tout commence souvent par un détail anodin. Une mère qui adorait jardiner et qui, soudain, laisse les outils rouiller.

Un grand-père qui n’a plus envie de voir ses amis, qui répond «comme tu veux» à tout. Autour de lui, on parle de fatigue, de caractère qui change avec l’âge. On se rassure. On se dit que ça va passer. Mais une équipe de chercheurs vient de montrer que ce retrait, cette apathie qui s’installe, n’est pas un simple trait de personnalité. Publiée dans The Journal of Neuropsychiatry and Clinical Neurosciences, leur étude suit près de 9800 personnes avec troubles cognitifs légers ou maladie d’Alzheimer. Et ce qu’ils découvrent, c’est qu’un seul symptôme suffit à prédire un déclin fonctionnel beaucoup plus rapide. Un signal discret. Mais lourd de conséquences. L’apathie, dans le langage des médecins, ce n’est pas de la paresse. C’est une baisse durable de la motivation, de l’élan, de l’intérêt pour les autres et pour les activités du quotidien, par rapport à ce que la personne était avant. Pas forcément de tristesse, pas de révolte. Juste… plus rien. Beaucoup y voient un «nouveau trait de caractère». En réalité, dans le contexte d’une démence, c’est souvent un symptôme à part entière. Depuis des années, Carolyn W. Zhu s’y intéresse. «Nous étudions les symptômes neuropsychiatriques de la démence depuis un certain temps et nous nous sommes toujours demandé si des symptômes spécifiques ou des individus spécifiques qui manifestent des groupes de symptômes pourraient être des cibles appropriées pour des interventions visant à prévenir et à retarder le déclin fonctionnel», confie Carolyn W. Zhu, professeure et chercheuse sur l’étude, au média Psychologies. Avec son équipe, elle a utilisé un Questionnaire d’Évaluation fonctionnelle, rempli par un proche, pour mesurer au fil du temps ce que chaque personne pouvait encore faire seule. Au début de l’étude, tous les participants avaient soit des troubles cognitifs légers, soit une maladie d’Alzheimer déjà diagnostiquée. À chaque visite, des cliniciens notaient la présence de symptômes comme l’apathie, la dépression, les hallucinations ou l’agitation, et surtout leur persistance. Et là, surprise : le type de symptôme ne changeait pas grand-chose à la vitesse de déclin. Ce qui comptait vraiment, c’était la persistance de l’apathie. Ceux qui restaient apathiques dans le temps perdaient leur autonomie bien plus vite que ceux qui n’en présentaient jamais. Même une apathie intermittente était associée à un déclin plus rapide. Pour être sûrs, les chercheurs ont refait le calcul sur un autre groupe de personnes, atteintes de troubles cognitifs légers ou de démence plus avancée, d’abord exclues. Les résultats ont tenu. L’apathie, et elle seule, prédisait un déclin plus rapide, indépendamment des autres symptômes. Deux explications possibles émergent : d’un côté, l’apathie coupe l’envie de voir du monde, de sortir, de cuisiner, de se stimuler. Moins de stimulation, plus de pertes. De l’autre, elle reflète probablement un dysfonctionnement de régions cérébrales clés de la motivation, ce qui en ferait un prédicteur précoce et autonome de la perte d’autonomie.

La tentation, c’est de se dire : «Il a toujours été un peu renfermé.» Sauf que l’apathie qui inquiète les chercheurs, ce n’est pas une personnalité introvertie. C’est un changement net, installé depuis au moins plusieurs semaines, dans un contexte de troubles de mémoire ou de désorientation. Des exemples concrets doivent alerter : abandon soudain d’activités autrefois appréciées ; moins d’initiatives (il ne lance plus jamais de projets, ne propose plus rien) ; retrait social marqué, sans tristesse exprimée ; négligence des tâches quotidiennes : rendez-vous oubliés, factures, cuisine. Si vous reconnaissez ce tableau chez un proche déjà fragilisé sur le plan cognitif, ce n’est pas le moment d’attendre. C’est le moment d’en parler au médecin traitant, de demander une consultation mémoire, d’évoquer explicitement l’apathie. On ne guérit pas la maladie d’Alzheimer. Mais repérer tôt ce symptôme permet d’ajuster la prise en charge, de renforcer les stimulations, de soutenir les aidants. Parce que derrière ce «je n’ai plus envie de rien», il y a souvent une urgence invisible. Et chaque mois compte.

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