L’IA, nouvel allié ou faux repère des parents ?

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L’intelligence artificielle s’impose progressivement dans le quotidien des familles, au point de susciter un débat croissant sur sa place dans l’éducation des enfants.

Outils d’aide à l’organisation, sources d’information instantanées ou assistants conversationnels, les chatbots sont désormais utilisés par une large majorité de parents, notamment dans les sociétés occidentales. Le sujet a pris une dimension mondiale après une déclaration remarquée de Sam Altman, fondateur et dirigeant d’OpenAI. Le 9 décembre 2025, invité de l’émission américaine The Tonight Show Starring Jimmy Fallon, il affirmait ne « pas pouvoir imaginer éduquer un nouveau-né sans ChatGPT », évoquant son propre usage de l’intelligence artificielle dans la gestion de la parentalité. Une sortie qui, bien que teintée d’ironie selon ses précisions ultérieures, a ravivé les interrogations sur une possible dépendance des parents à ces technologies.

Un usage massif, documenté par les études

Cette tendance n’est pas marginale. Selon une étude menée en avril 2025 par le fonds d’investissement Menlo Ventures auprès de près de 5 000 adultes américains, 79 % des parents d’enfants de moins de 18 ans déclarent utiliser des outils d’intelligence artificielle dans leur vie familiale. Parmi eux, 29 % y ont recours quotidiennement. Les usages concernent principalement l’organisation du quotidien : planification des repas, gestion des emplois du temps, aide aux démarches scolaires ou propositions d’activités pour les enfants. L’IA est perçue comme un moyen de réduire la charge mentale et de fournir des réponses rapides, personnalisées et facilement accessibles.

Santé et éducation : une frontière sensible

Au-delà de l’aspect logistique, l’intelligence artificielle est de plus en plus sollicitée pour des questions liées à la santé et à l’éducation des enfants. Selon les données communiquées par des acteurs du secteur, environ 40 % des requêtes parentales adressées aux outils d’IA concernent des sujets médicaux. Cette évolution inquiète une partie de la communauté scientifique. Une étude publiée en septembre 2024 par des chercheurs de l’université du Kansas a mis en évidence que certaines réponses fournies par ChatGPT à des questions parentales, notamment en matière de santé infantile, pouvaient être inexactes, incomplètes ou inadaptées au contexte réel. Les chercheurs soulignent que ces outils ne peuvent se substituer ni au jugement clinique ni à l’expertise médicale.

Le risque d’une déresponsabilisation progressive

Les spécialistes des usages numériques alertent également sur un risque plus diffus : celui d’une érosion du jugement parental. En déléguant systématiquement l’analyse des situations à une machine, les parents pourraient perdre confiance en leur intuition, leur capacité d’observation et leur expérience personnelle. L’intelligence artificielle fonctionne à partir de modèles statistiques et de données agrégées. Elle reste incapable de saisir pleinement les subtilités émotionnelles, culturelles et relationnelles propres à chaque famille. Les experts insistent ainsi sur la nécessité de multiplier les sources, de croiser les informations et de préserver le lien humain dans les décisions éducatives.

Un outil d’appoint, pas un substitut

Même les promoteurs de l’intelligence artificielle reconnaissent ses limites. Sam Altman lui-même a rappelé que des générations entières ont élevé leurs enfants sans l’aide de l’IA et que celle-ci ne doit pas être perçue comme un remplaçant du rôle parental. L’enjeu, selon les chercheurs et professionnels de la santé, réside dans un usage équilibré : faire de l’IA un outil d’assistance ponctuelle, utile pour s’informer ou s’organiser, sans en faire une autorité décisionnelle. À mesure que ces technologies évolueront et deviendront plus proactives, la question de la responsabilité humaine face aux choix éducatifs restera centrale.

Neila M

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