Double offensive pour sécuriser le secteur: 1 million de moutons pour l’Aïd et assurance climatique élargie aux agriculteurs

0
154

L’année 2026 s’ouvre sur une série de décisions structurantes pour le secteur agricole, traduisant la volonté des pouvoirs publics de sécuriser l’approvisionnement du marché, protéger les revenus des agriculteurs et renforcer la résilience du secteur face aux aléas climatiques. Deux dossiers majeurs ont été au cœur de l’actualité : l’importation d’un million de moutons en prévision de l’Aïd El-Adha et l’élargissement du système des assurances agricoles aux catastrophes liées aux changements climatiques.

En exécution directe des instructions du président de la République, Abdelmadjid Tebboune, le ministre de l’Agriculture, du Développement rural et de la Pêche, Yacine El-Mahdi Oualid, a présidé, jeudi à Alger, une réunion de coordination consacrée à l’organisation de l’opération d’importation d’un million de moutons en prévision du prochain Aïd El-Adha. Cette rencontre a permis d’arrêter plusieurs décisions opérationnelles, parmi lesquelles l’élargissement de la liste des pays fournisseurs, la signature de nouvelles conventions sanitaires et l’affrètement de navires spécialisés pour le transport du bétail. Les participants ont également insisté sur la nécessité de tirer les enseignements de l’expérience de 2025, afin d’améliorer la performance globale de l’opération et de corriger les insuffisances relevées auparavant. Dans ce cadre, il a été décidé de dépêcher immédiatement des équipes techniques dans les pays fournisseurs, chargées de vérifier les garanties sanitaires sur place, ainsi que de doubler le nombre de points de quarantaine sanitaire par rapport à l’année précédente. Le secteur privé sera, par ailleurs, associé au transport des moutons des ports vers les différentes wilayas, tandis que de nouveaux mécanismes d’organisation des opérations de vente seront mis en place pour assurer une meilleure régulation du marché. Pour assurer un suivi rigoureux de l’ensemble du dispositif, une commission nationale, composée des secrétaires généraux des secteurs concernés, a été installée. Elle sera chargée de superviser la mise en œuvre effective de cette opération stratégique, qui vise à garantir la disponibilité du cheptel et la stabilité des prix à l’approche de l’Aïd. Parallèlement, le ministre a annoncé une orientation stratégique majeure en matière de protection des agriculteurs, à travers l’élargissement du système des assurances agricoles aux catastrophes résultant des changements climatiques. Intervenant lors d’une séance plénière à l’Assemblée populaire nationale, il a précisé que la Caisse nationale de mutualité agricole (CNMA) œuvre actuellement à la modernisation de ses produits afin d’offrir une couverture élargie contre les risques climatiques, touchant aussi bien les productions végétales qu’animales, avec une attention particulière pour la filière céréalière, fortement exposée aux aléas climatiques. Un nouveau système d’assurance contre les catastrophes climatiques, incluant notamment la sécheresse et les vents violents, a été proposé et se trouve en cours d’examen. Il viendra compléter les formules classiques existantes, qui couvrent déjà des risques tels que le gel, les incendies, les inondations ou la baisse de rendement. Cette évolution permettra de passer progressivement d’un système d’indemnisation conjoncturelle à un dispositif d’assurance structuré et durable. Le ministre a rappelé, à ce titre, l’impact croissant des phénomènes climatiques extrêmes sur l’agriculture nationale, citant l’allongement des périodes de sécheresse, la faible pluviométrie, les glissements de terrain, la hausse des températures et la baisse des rendements, en particulier pour les cultures pluviales. Ces constats ont conduit le secteur à intensifier l’accompagnement des agriculteurs, tant sur le plan de la sensibilisation que de la généralisation des systèmes agricoles modernes et de l’assurance des exploitations. Un bilan chiffré de l’activité de la CNMA a été présenté : 4.233 agriculteurs assurés ont été indemnisés en 2024 dans 40 wilayas, pour un montant dépassant 387 millions de dinars, contre 133 millions de dinars en 2023 dans 33 wilayas. Le ministre a également évoqué l’indemnisation des agriculteurs touchés par la sécheresse en 2023, qui a concerné 892 communes dans 34 wilayas, prise en charge par le Trésor public, le phénomène n’étant pas alors couvert par les assurances. Dans le prolongement de cette stratégie d’adaptation, le ministre a annoncé l’introduction prochaine de nouvelles variétés de semences résistantes à la sécheresse et aux maladies, développées en collaboration avec les universités et les centres de recherche. À partir de la prochaine saison agricole, ces variétés seront introduites pour la première fois, en tenant compte des spécificités climatiques et naturelles de chaque région. De nombreuses semences de légumes importées seront également progressivement remplacées par des semences produites localement, grâce à des projets ambitieux en cours de réalisation. En matière de santé animale, le ministre a indiqué que le secteur entend ouvrir davantage le champ aux laboratoires vétérinaires privés, en complément du réseau public existant, jugé insuffisant au regard de l’importance du cheptel national. Ce réseau sera renforcé prochainement par l’ouverture d’un nouveau laboratoire vétérinaire à Djelfa. À travers ces mesures convergentes, les autorités affichent une vision économique intégrée, combinant régulation du marché, sécurité alimentaire, protection des agriculteurs et adaptation durable de l’agriculture nationale aux défis climatiques et structurels à venir.

Sonia Stambouli

LAISSER UN COMMENTAIRE

S'il vous plaît entrez votre commentaire!
S'il vous plaît entrez votre nom ici