Professeur des universités, expert international en management stratégique docteur d’Etat 1974- Abderrahmane Mebtoul
Cette présente contribution analyse brièvement trois enjeux de la tentative du contrôle par les USA de certains gisements d’hydrocarbures. Outre les impacts du rythme de la transition énergétique à travers le monde, les orientations dans le domaine du contrôle de l’énergie dans certains espaces mondiaux du président Donald Trump, les USA étant déjà le premier producteur mondiale avec plus de 13 millions de barils jour (en 2025 la production mondiale ayant été de 106, 1 millions de barils par jour ) contre environ 11 pour la Russie et 9 pour l’Arabie Saoudite, si elles se réalisent auront un impact durable sur le cours des hydrocarbures.
Pour preuve, les marchés n’ont pas réagi avec excès au coup de force américain où le cours a fluctué depuis le début janvier 2026, entre 59 et 63 dollars le Brent , étant coté le 12 janvier 2025 à 63,59 dollars le Brent mais 54,54 euros le baril (pénalisant les importations en euros)et 59,37 dollars le Wit Les prévisions optimistes pour 2026 donnent un cours entre 60/65 dollars et certaines institutions internationale spécialisées entre 50/55 dollars avec un cours du gaz fluctuant entre 25 et 30 dollars le mégawattheure ce qui aurait des conséquences négatives sur les équilibres financiers , voire des impacts sociaux pour des pays mono exportateur d’hydrocarbures , achetant la paix sociale par d’ importantes subventions grâce à cette rente .
Le premier enjeu, est le contrôle des ressources énergétiques du Venezuela qui est le le premier réservoir mondial avec plus de 300 milliards de barils (pétrole lourd) et plus de 4500 milliards de mètres cubes gazeux qui à cause des sanctions produit moins d’un million de barils par jour, 80% en destination de la Chine, sans compter d’autres richesses , si elles venaient à être contrôlées par les compagnies américaines , le Venezuela peut facilement augmenter sa production de pétrole – qui souffre du manque d’investissements et du délabrement des sites pétroliers , à des niveaux comparables à ceux des États-Unis , de la Russie et de l’Arabie saoudite, ce qui pourrait modifier la carte énergétique mondiale et orienter les prix à la baisse. Le 9 janvier 2026 , Donald Trump a réuni à la Maison Blanche les dirigeants des principales compagnies pétrolières américaines, parmi lesquelles ExxonMobil, Chevron et ConocoPhillips. À cette occasion, il a présenté un plan d’ouverture totale du secteur énergétique vénézuélien aux entreprises américaines, qualifiant l’opération d’opportunité historique » ayant également affirmé que les États-Unis, associés au Venezuela, contrôlerait « 55 % du pétrole mondial » et pour le Venezuela « que toute entreprise étrangère opérant sur le territoire devra traiter directement avec Washington, et non avec les autorités locales » . Mais plusieurs experts soulignent les obstacles techniques et logistiques du projet, la majorité des réserves du pays est composée de pétrole extra-lourd, difficile à extraire et à raffiner sans installations spécifiques
Le deuxième enjeu, est le contrôle des richesses du Groenland, territoire autonome au sein du Royaume du Danemark a une superficie totale de 2 166 086 km2 (y compris d’autres îles côtières mineures), dont la calotte glaciaire couvre 1 755 637 km2) , situé entre l’Océan Arctique et l’Océan Atlantique nord à l’extrême nord -est de l’Amérique du Nord, pour une population qui ne dépasse pas 57.000 habitants . Il possède d’immenses richesses minérales stratégiques (terres rares, lithium, cobalt, nickel, cuivre, graphite, uranium, or, diamants et des potentiels importants en hydrocarbures). Le président US assure que les Etats-Unis doivent prendre le contrôle du Groenland pour assurer leur propre sécurité, dans la mesure où le Groenland est un point crucial pour la surveillance des activités militaires et navales russes et chinoises, notamment à mesure que la fonte des glaces ouvre davantage de routes maritimes dans l’Arctique, ce qui modifiera profondément l’équilibre des puissances dans la région. Mais cela sous-tend surtout le contrôle des richesses , tout en rentrant dans une stratégie plus large concernant le contrôle de l ‘Arctique qui détient d’immenses réserves d’hydrocarbures, estimées par l’ USGS à 13% des réserves mondiales de pétrole et 30 % du gaz naturel. Mais, ce qui risque de provoquer de vives tensions, cet espace, mal délimité , a également une importance stratégique majeure, le Canada, le Danemark , la Norvège et surtout de la Russie qui convoite une partie de cet espace.
Le troisième enjeu, des Etats Unis d’Amérique fortement présent depuis des décennies (entre 40.000 et 50.000 soldats via d’ importantes de bases militaires, est outre des objectifs militaires via la protection d’Israël, face notamment à la Russie et la Chine, est le contrôle des gisements d’hydrocarbures : au Qatar( Base d’Al-Udeid) ,plus grande base aérienne américaine dans la région, abritant le quartier général du Centcom, aux Émirats arabes unis, la présence militaire avec la base aérienne d’Al-Dhafra, au Bahreïn : Siège de la 5ème flotte de la marine américaine et des Forces navales centrales (Navcent), au Koweït ( camp Arifia) centre logistique clé pour les forces terrestres( Cencom Army) , en Arabie Saoudite(base aérienne Prince Sultan) ), en Irak, Jordanie et récemment en Syrie est le contrôle des gisements au Moyen Orient, excepté l’Iran, soumises à des sanctions mais suscitant les convoitises US . Le Moyen Orient recèle 40 % des réserves prouvées mondiales de pétrole dont : l’Arabie Saoudite environ 262,7 milliards de barils, soit un quart des réserves mondiales., Irak : ~112,5 milliards de barils., EAU : ~97,8 milliards de barils. Koweït : ~96,5 milliards de barils. Iran : ~93,1 milliards de barils et 40% des réserves mondiales de gaz dont Iran : 32 100 milliards de m³ (fin 2020), le Qatar : 24 700 milliards de m³ , l’Arabie Saoudite 9800 milliards de mètres cubes gazeux, les Emiraties une moyenne de 7000 milliards de mètres cubes gazeux et l’Irak 3500 milliards de mètres cubes gazeux
Le quatrième enjeu , c’est le retour en Afrique des USA . Outre les importantes réserves du Nigeria 5500 milliards de mètres cubes gazeux suivi du Mozambique 5000, et de l’Algérie 2500 milliards de mètres cubes de gaz traditionnel, ,mais qui détient 19500 milliards de mètres cubes de gaz de schiste avec l’entrée récente des compagnies américaines en Libye, divisé en deux pouvoirs divergents. La Libye est le premier réservoir de pétrole en Afrique plus de 48 milliards de barils et plus de 1500 milliards de mètres cubes gazeux pour une population ne dépassant pas 7 millions d’habitants dont une grande partie est contrôlé par le maréchal Haftar Ainsi se tiendra le Sommet libyen sur l’énergie et l’économie (LEES) 2026,du 24 au 26 janvier à Tripoli qui témoigne d’un regain d’intérêt des États-Unis, alors que les entreprises américaines qui renouent avec les secteurs pétrolier, gazier et des infrastructures en Libye. Avec les exportations US d’hydrocarbures, le retour de la Russie et les exportations libyennes sous réserve de la réunification toute la carte énergétique européenne risque profondément de changer
En conclusion. l’OPEP ne représente que 33% de la production mondiale évaluée en 2025 à 103,87 millions de barils/jour avec la dominance de l’Arabie Saoudite ( plus de 9 millions de barils par jour) et l’OPEP+ plus avec la dominance de la Russie (10/11 millions de barils :jour) environ 50%. Plus de 50% se fait hors OPEP+ avec la dominance des USA qui sont devenus le premier producteur mondial en 2025( plus de 13 millions de barils par jour). L’avenir du cours dépendra de la croissance de l’économie mondiale, avec une prévision de 2,7% en 2026 contre 2,8% en 2025 surtout de la Chine le plus gros importateur qui ne dépassera pas 5% Les USA première puissance économique et militaire mondiale avec un PIB dépassant en 2025 les 32.000 milliards de dollars sur un PIB de plus de 117.000 milliards de dollars pour une population 348 millions d’habitants , face à un monde en profonde transformation , s’orientant vers un monde multipolaire , ambitionne à continuer à asseoir leur domination à travers le contrôle de l’énergie. En cas de résolution du conflit en Ukraine, il n’est pas exclu une coopération intensive entre les compagnies russes et américaines; C’est que l’énergie quelle que soit sa forme est le fondement de la sécurité des Nations et son contrôle renvoie à des questions stratégiques à la fois politiques, sécuritaires et économiques.
AM






