Longtemps présenté comme un objectif universel de bonne santé, le seuil des 10 000 pas quotidiens est aujourd’hui sérieusement remis en question par la recherche scientifique.
De récentes études montrent qu’un niveau d’activité bien inférieur permet déjà d’obtenir des bénéfices majeurs pour la santé, ouvrant la voie à une approche plus réaliste et inclusive de l’activité physique. Pendant des décennies, les 10 000 pas par jour se sont imposés comme une norme implicite, intégrée aux montres connectées, applications de suivi et discours de prévention. Pourtant, ce chiffre ne repose sur aucune recommandation médicale officielle. Son origine remonte au Japon des années 1960, à la suite d’une campagne marketing pour un podomètre baptisé manpo-kei, littéralement « compteur de 10 000 pas ». Le succès commercial de l’appareil a ancré ce repère dans l’imaginaire collectif, sans validation scientifique. Contrairement à une idée largement répandue, ni l’Organisation mondiale de la santé (OMS), ni les autorités sanitaires nationales ne fondent leurs recommandations sur un nombre précis de pas. Elles privilégient plutôt une durée et une intensité d’activité physique hebdomadaire. Les progrès récents de l’épidémiologie ont toutefois permis d’analyser plus finement le lien entre la marche quotidienne et les indicateurs de santé. Une vaste méta-analyse publiée dans The Lancet Public Health apporte aujourd’hui des éléments solides. L’étude compile les données de 57 recherches menées auprès de plus de 200 000 adultes, en examinant l’impact du nombre de pas quotidiens sur différents risques médicaux. Les résultats font apparaître un seuil clé autour de 7 000 pas par jour. À partir de ce niveau, les bénéfices sont significatifs. Le risque de mortalité toutes causes confondues diminue de près de 47 %, celui des maladies cardiovasculaires recule d’environ 25 %, tandis que le risque de démence baisse de 38 %. L’étude observe également une diminution notable des cas de diabète de type 2, des symptômes dépressifs et des chutes chez les personnes âgées. Au-delà de 7 000 pas, les bénéfices supplémentaires existent, notamment pour la santé cardiaque, mais ils progressent plus lentement, la courbe ayant tendance à se stabiliser. Ces conclusions invitent à repenser les messages de santé publique. Pour de nombreuses personnes, seniors, patients atteints de maladies chroniques ou individus peu actifs , l’objectif des 10 000 pas peut apparaître décourageant, voire inaccessible. À l’inverse, 7 000 pas par jour représentent un seuil atteignable, sans pratique sportive intensive, simplement en augmentant les déplacements quotidiens. Des spécialistes soulignent l’intérêt de fixer des objectifs progressifs. Encourager une augmentation graduelle, à partir de 4 000 pas par jour, permettrait de mobiliser un large public sans créer de sentiment d’échec. La marche, activité simple, peu contraignante et à faible impact, s’impose ainsi comme un levier essentiel de prévention. Accessible à tous, mesurable facilement et intégrable dans la vie quotidienne, la marche pourrait bien devenir l’un des outils les plus efficaces de santé publique. Loin des normes irréalistes, un seuil raisonnable et scientifiquement validé ouvre la voie à une prévention plus juste, plus humaine et durable.
Neila M






